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THE FIRST OF THE FEW
(a.k.a. Spitfire)




Année : 1942
Pays  Grande Bretagne
Genre : biographie
Durée : 1 h 58 min
Noir et blanc

Directeur  Leslie HOWARD
Scénario :  Miles MALLESON, Anatole de GRUNWALD
Histoire originale : Henry C. JAMES, Kay STRUEBY

Acteurs principaux :
Leslie HOWARD (R.J. Mitchell, David NIVEN (Geoffrey Crisp), Rosamund JOHN (Mme Mitchell), Roland CULVER (Commandant Bride), Anne FIRTH (Mme Harper), David HOME (Monsieur Higgins), J.H. ROBERTS (Sir Robert Mc Lean), Derrick de MARNAY (Squadron leader Jefferson)

Musique :  William WALTON
Photo : Georges PERINAL
Producteurs   Leslie HOWARD, George KING, John STAFFORD
Compagnie productrice : British Aviation Pictures

Avions :
-Supermarine Spitfire Mark I ("K5054")
-Supermarine Sea Lion III (images d'archives)
-Supermarine S.4 (maquette éch. 1/1 et images d'archives)
-Supermarine S.5 (maquette éch. 1/1 et images d'archives)
-Supermarine S.6B, "2", N247 (images d'achives)
-Curtiss R3C-2 (maquette)
-Macchi M.52 (maquette)
-Messerschmitt Bf.109D (images d'archives)
-Heinkel He.111H-1 AW177

 

Notre avis :

Ce film produit et dirigé par l’acteur Leslie HOWARD est une biographie romancée de Reginald J. Mitchell, le concepteur du célèbre Spitfire. Son rôle est également joué par HOWARD alors que David NIVEN joue celui de son ami loyal (et fictif) qui est aussi pilote d’essai. Acteur, mais aussi diplômé de l’académie militaire de Sandhurst, David NIVEN était alors sous les drapeaux et obtint une permission spéciale pour le tournage. Le titre fait référence aux paroles de Winston Churchill à propos de la bataille d’Angleterre : « Never in the field of human conflict, was so much owed by so many to so few »  (Jamais dans l'histoire des conflits humains, tant d'hommes n'ont été autant redevables, à si peu).

L’histoire commence par un rappel des conquêtes allemandes en Europe et par les discours des principaux dignitaires nazis : Hitler, Goebbels, Goering..Puis on passe à un terrain d’aviation de la RAF, le 15 septembre 1940, le jour que les historiens considèrent comme le tournant de la bataille d’Angleterre. Se reposant dans leurs chaises longues entre les alertes, un groupe de jeunes pilotes du Squadron 501 regardent le ciel alors que l’escadrille de relève prend l’air. Ils parlent du Spitfire, et le commandant Crisp, un vieil ami de Mitchell, se mêle à la conversation et leur rappelle comment a été créé ce chasseur. On revient alors en 1922, alors que l’Angleterre vient de gagner la coupe Schneider avec un biplan Supermarine. Mais l’année suivante, ce sont les Américains qui gagnent, et l’ingénieur Mitchell commence à penser à un autre genre d’avion, plus simple, mieux profilé, dont l’apparence rompt radicalement avec le passé. Mais son projet apparaît trop révolutionnaire auprès du conseil d’administration de la société. L’avion de Mitchell sera pourtant construit et fera sensation lors de la coupe Schneider de 1925. Mais Crisp qui le pilote, incommodé par les gaz d’échappement, s’évanouit et plonge dans la mer. Il est grièvement blessé. Mitchell construit un nouvel appareil, le S.5, plus puissant. La coupe Schneider de 1927, se déroule à Venise et est organisée par le gouvernement fasciste italien. Bien que l’avion italien, un monoplan à flotteurs comme le S.5, soit très rapide, Crisp remporte la coupe. En 1929, il réédite son exploit avec un nouvel avion, le S.6. Mais pour la compétition de 1931, le gouvernement anglais refuse de payer une nouvelle inscription, et le coût est trop élevé pour Supermarine. C’est alors que Lady Houston, une femme richissime, fervente patriote et bienfaitrice, fait un chèque de 100.000 livres pour que Mitchell puisse préparer le S.6B, qui emportera définitivement le trophée Schneider. Les jours suivants, cet appareil bat le record du monde de vitesse. Crisp va passer des vacances en Allemagne et propose à Mitchell de le suivre. Ils sont parfaitement accueillis dans les aéro-clubs, où les jeunes en uniforme pratiquent le vol à voile, et dans les cercles d’aviateurs, comme le « Richthofen club » où Crisp, un ancien aviateur de la Grande Guerre, peut rencontrer ses anciens adversaires, une chope de bière à la main. Mais ils se rendent vite compte par leurs discussions, que l’Allemagne, qui compte des ingénieurs de talent comme le Dr. Messerschmitt, est en train de forger une arme aérienne formidable. Mitchell est alors pressé de rentrer au pays et de s’atteler au travail, pour concevoir un chasseur dont son pays va avoir un besoin urgent. Mais le gouvernement ne paraît pas comprendre son inquiétude, et ce n’est qu’avec l’arrivée aux affaires du conservateur Stanley Baldwin, que la RAF est réorganisée et renforcée. Mitchell travaille avec acharnement sur son chasseur armé de huit mitrailleuses, un vrai « spitfire » (cracheur de feu). Mais il tombe gravement malade et le médecin lui conseille d’arrêter tout travail, sinon il ne pourra compter que sur huit mois de vie au maximum ! Mitchell va utiliser ce sursis pour terminer son avion. Celui-ci fait son premier vol alors qu’il est alité chez lui. La RAF est conquise par l’appareil et le gouvernement donne son approbation à la construction en série. Mitchell peut maintenant partir, l’âme en paix. Puis, on revient sur la base de la RAF en 1940. L’alerte est donnée, et Crisp décolle a la tête de son escadrille pour repousser une nouvelle attaque de bombardiers allemands. Il a une pensée pour Mitchell, là haut quelque part dans le ciel….

Ce film est non seulement un tribut à un grand ingénieur, mais aussi à l’industrie aéronautique britannique. C’est aussi une oeuvre de propagande, et les séquences relatives à la bataille d’Angleterre ressassent les clichés habituels : la détermination des pilotes de la RAF, leur jeunesse, leur infériorité numérique.. Lors du voyage de Mitchell en Allemagne, le film fait la différence entre les civils nazis arrogants, et les militaires qui ont connu la première guerre mondiale, plus sympathiques. Quant aux fascistes italiens, ils sont décrits comme une bande de comiques.

L’histoire prend certaines libertés avec la réalité. Le personnage de Mitchell campé par HOWARD apparaît comme un homme issu de la bourgeoisie, aux manières courtoises. Le vrai Mitchell venait d’un milieu ouvrier, et était prompt à s’emporter. Ce self made man n’était pas un ingénieur aéronautique de formation. Le Spitfire n’est pas, comme le laisse supposer le film, issu directement des racers de la coupe Schneider, dont les leçons mirent du temps à se concrétiser. Le premier avion à porter le nom de « Spitfire » (un nom que Mitchell n’appréciait pas du tout) était le Supermarine type 224, à train fixe avec une aile en W qui vola en 1934. Il fut un échec total et Mitchell dut tout revoir. C’était la première fois qu’il dessinait un chasseur. Il conçut alors un avion autour du nouveau moteur Rolls Royce PV.12, et en mars 1936, le nouveau "Spitfire" s’envolait. Mitchell, malgré sa maladie assista aux premiers essais les 8 et 9 juin 1936.

Les causes de la maladie de Mitchell ne sont pas expliquées dans le film, et on a l’impression qu’il meurt de tuberculose. Mitchell était atteint d'un cancer de l’intestin qui s’était déclaré en 1933. Il mourut le 11 juin 1937, à Southampton, après avoir subi un intervention chirurgicale à Vienne, un mois auparavant. Mitchell n’est jamais allé en Allemagne. Leslie HOWARD semble s’être inspiré du fait que le pilote d’essai de Supermarine, Mutt Summers, et l’aérodynamicien, Beverly Shenstone, avaient visité l'Allemagne où ils avaient travaillé un temps. L’épouse de Mitchell faisait aussi du ski en Autriche, au milieu des années trente.

Mitchell ne travailla pas jour et nuit, jusqu’à sa mort, sur le Spitfire, comme le film le laisse supposer. S’il lui arrivait de travailler tard à son bureau, il avait une vie de famille, et pratiquait plusieurs sports (chasse, golf, tennis, voile..). Ce qui est le plus étonnant est que, tout en souffrant d’une terrible maladie, il réussit à mener une vie privée bien remplie, et à diriger son équipe avec le résultat que l’on sait. Pendant ses dernières années, Mitchell travaillait sur trois autres projets, le bombardier quadrimoteur B12/36, l’hydravion R1/36 et une version du Spitfire à quatre canons.

« The first of the few » fut le dernier film où Leslie Howard apparut. Le 1° juin 1943, alors qu’il revenait d’une tournée de conférences au Portugal et en Espagne, son avion, un DC-3 de la BOAC, fut abattu au dessus du golfe de Gascogne par des Ju.88C du KG 40 basé alors à Kerlin-Bastard (Lann-Bihoué). Certains pensent qu’il tomba dans un guet-apens, ce qui n’est pas prouvé. HOWARD était certes un patriote, un propagandiste actif, de là à en faire un agent secret...Ce qui est sûr c’est que le même DC-3 avait déjà été attaqué deux fois par les avions allemands, en 1942; ce serait donc plutôt la BOAC, qui risquait la vie de ses passagers avec une grande légèreté, qui aurait tué Leslie HOWARD….

Samuel Goldwynn acquit les droits du film pour les Etats-Unis, où il fut distribué par la RKO en juin 1943, raccourci de 20 minutes, sous le titre « Spitfire ».
 


Les avions du film :

Le film comprend des documents filmés de la coupe Schneider avec des images des vrais avions de course anglais, les Supermarine S.4, S.5, S.6 et S.6B. Notons que le premier appareil, le S.4 (G-EBLP)  muni d’une aile cantilever, très en avance sur son temps, fut victime d’un phénomène de flutter alors mal connu, et non pas de l’évanouissement du pilote, intoxiqué par les gaz d’échappement. Les monoplans suivants auront tous une aile haubanée, plus rigide, et des ailerons équilibrés. Les trois maquettes grandeur nature des S.4, S.5 avec hélice tournante, sont très bien réussies. Notons que le S.5 qui emporta la coupe Schneider de 1927, en Italie, avait le numéro "4" et avait le serial N220, et non le numéro "2" et le serial N247 étaient celui du S.6A qui remporta la coupe en 1929. Le vrai Supermarine S.6B(S1596)  peut être vu au Science Museum de Londres.

La coupe s’étant déroulée en 1927 à Venise, une partie du front de mer du Lido fut recrée en studio. On voit également, au début du film, une petite maquette du Sea Lion III (G-EBAH) à dérive élargie, un hydravion biplan à coque, qui gagna la coupe Schneider en 1923, et qui rappelle que Mitchell ne dessina pas que des monoplans racés. Le vrai nom de la coupe était "Coupe d'Aviation Maritime Jacques Schneider", appelée plus familièrement par les Anglais « Flying flirt », le trophée représentant une femme ailée et nue, embrassant une vague...

D’autres documents, dont des films de cinémitrailleuses, illustrent la Bataille d’Angleterre. On y aperçoit des Messerschmitt Bf.109D, des Heinkel He 111H. A la fin du film, on assite à un combat entre le Sptfire  IIa P8074/SD-L et un He.111H, sans code tactique apparent. Il porte juste se marques de nationalités et son insigne de groupe, sous les vitres du cockpit. Il s'agissait d'un vrai Heinkel He.111H-1 du II/KG.26 Löwen (1H+EN, Wkn. 6853) capturé par les Anglais, après avoir fait un atterrissage forcé en Ecosse, le 9 février 1940. Il fut récupéré et réparé par le 1426 (Enemy Aircraft) Flight de Duxford, qui, après lui avoir attribué le serial AW177, l'utilisa pour des essais et des simulations de combat.Il se crasha à Polebrook le 10 novembre 1943. Cet avion apparut dans le documentaire américain "Combat America" (1945), mais sous des couleurs britanniques.

Des Spitfires IIA et Vb  portent tous le code SD du squadron 501, une unité basée à Wramwell (Dorset) qui participa activement au tournage. Mais des Spitfire Vb avaient été prêtés par le squadron 118 de Insley (Hampshire). Ces Spitfire forment le fictif "Hunter" squadron 227. On reconnait les appareils P8256/SD-D, P8664/SD-C, W3840/SD-G W3626/SD-K, P8789/SD-E (on aperçoit le début de son nom : Borough of Wanstead and Woodford)...On été également utilisées des images d'archives, montrant un scramble du squadron 602, que l'on trouvait déjà dans "A Yank in the RAF" (1941). Quand le film sortit, plusieurs de ces Spitfire avaient été abattus ou perdus.

Le prototype du Spitfire K5054 est en fait un Spitfire Mark I équipé d’une hélice bipale en bois, qui présente des différences sensibles par rapport au premier : une canopée bombée, un pare brise en plusieurs parties, un moteur avec six pipes d’échappement, une roulette de queue et des jambes de train munies de portes. Le Spitfire est une vedette qui apparaît dans une trentaine de films d’aviation, contre à peine dix pour le Hawker Hurricane, qui, lors de la bataille d’Angleterre, constituait pourtant 70 % des chasseurs de première ligne. …Ce n’est pas le film de Leslie HOWARD qui lança sa carrière à l’écran, puisqu’en 1942, on l’avait déjà vu dans une dizaine de films depuis 1939, sous la forme de documents filmés, ou de maquettes plus ou moins exactes.

Enfin, pour la séquence allemande, le tournage utilisa une maquette de planeur Göppingen Gö1 «Wolf» qui volait en 1935 et un extrait de documentaire allemand montrant un DFS Rhönbussard faisant un looping.


Christian Santoir

*Film en vente sur Amazon.com




 

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Date de création : 05/07/2008 : 09:31
Dernière modification : 04/02/2011 : 22:56
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